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 Alexis Ier Comnène

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Bertrand
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MessageSujet: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:18

Alexis Ier Comnène, né en 1048, mort le 15 août 1118, empereur byzantin de 1081 à 1118, troisième fils du curopalate Jean Comnène et d’Anne Dalassène, neveu de l’empereur Isaac Ier Comnène.


Une carrière militaire

Empereur Alexis Ier Comnène représenté sur une mosaïque de la basilique Sainte-SophieIl est élevé, ainsi que ses frères, par sa mère en vue de s'asseoir un jour sur le trône. Il prend ainsi, de sa position de courtisan, connaissance des principaux clans aristocratiques et de l'estimation de leur importance. Au cours de la décennie de chaos, qui suit la défaite de Romain IV Diogène à la bataille de Manzikert, Alexis se montre un général capable. Il dirige une petite armée, avec son frère Isaac, qui avec le mercenaire normand Roussel de Bailleul combat contre les Turcs. Cependant, la trahison du normand entraîne la défaite d’Isaac qui est fait prisonnier. Roussel de Bailleul devient une menace telle pour l’empire que Michel VII s’entend avec les Turcs seldjoukides pour s’en débarrasser. Battu en Cappadoce, Roussel se réfugie en Arménie à Amasya. Alexis est alors envoyé afin de s’emparer du Normand ce qu’il fait non sans mal. Sous Nicéphore III Botaneiatès, il écrase l’insurrection de Nicéphore Bryenne, gouverneur de Dyrrachium grâce à l’utilisation de mercenaires turcs. Mais alors que la situation devient extrêmement critique pour l’empire avec l’installation du sultan seldjoukide Soleïman à Nicée Nicéphore III commet la maladresse d’entrer en conflit avec Isaac et Alexis Comnène. En 1081, Alexis et Isaac obligent Nicéphore à abdiquer. Alexis considéré comme le plus capable des deux monte sur le trône sous le nom d’Alexis Ier Comnène, après avoir été acclamé et couronné le 1er avril 1081.


Un homme d’État

Son règne de 37 ans est l’un des plus longs de l’empire byzantin et aussi l’un des plus agités. Il va révéler les qualités d’homme d’État d’Alexis dans des circonstances dramatiques ou les menaces sur l’Empire s’amoncellent de toutes parts. C’est un homme d’une trentaine d’année mais qui a déjà derrière lui une longue expérience militaire dont les succès ont dépendu pour l’essentiel de son habileté diplomatique que de ses qualités militaires. De petite taille, il dégage de lui un charisme certain (que noterons plus tard les chroniqueurs de la Première croisade) et un parfait contrôle de soi. Peu cruel de nature, ses deux prédécesseurs terminent leur vie l’un sur un trône épiscopal (Michel VII), l’autre dans un monastère (Nicéphore III), il est capable d’utiliser la ruse et même la terreur quand la situation l’exige. En épousant Irène Doukas il s’allie à l’une des plus grandes familles de l’empire ce qui conforte son trône mais toute sa vie, et jusque sur son lit de mort, il se voit contraint de déjouer les intrigues et complots de l’aristocratie byzantine et de son entourage familial. Ainsi sa mère, une femme décrite comme dominatrice et possessive, éprouve une haine féroce envers la nouvelle impératrice et son clan, haine partagée par Marie d'Alanie, femme de Michel VII, de Nicéphore III Botaneiatès et probable maîtresse d’Alexis avant son accession au trône. Pour limiter les risques d’usurpations, Alexis pratique une habile politique d’alliances matrimoniales. Sa fille aînée, Anne, épouse ainsi Constantin Doukas (le fils de Michel VII et de Maria d’Alanya), puis, après le décès de celui-ci, Nicéphore Bryenne, le fils du révolté de Dyrrachium, ce qui lui laisse longtemps imaginer que ce dernier succédera à son père.

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Bertrand
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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:20

Le redressement financier

La situation de l’empire en 1081 est dramatique. Dans les Balkans les Byzantins sont confrontés aux Normands de Robert Guiscard ainsi qu’aux invasions des Petchenègues. Les peuples Slaves en Serbie et Dalmatie sont en dissidence. La Cilicie, peuplée par des vagues de migrations arméniennes est quasi-indépendante et se déchire entre les luttes fratricides de plusieurs roitelets. De plus la perte de l’Anatolie prive le basileus d’importantes recettes fiscales et l’ancien système de recettes fiscales s’est effondré. L’un des premiers défis auquel s’attaque Alexis Ier est donc le problème financier. Les moyens utilisés par l’empereur pour faire rentrer de l’argent ne sont guères populaires mais néanmoins efficaces. La population est taxée à la limite du supportable, certains biens de nobles et de l’Église sont confisqués, les peines judiciaires sont fréquemment des amendes plutôt que des peines d’emprisonnement. Enfin Alexis Ier prend deux décisions majeures — et qui vont se révéler catastrophiques sur le long terme — à savoir qu’il accorde d’énormes avantages commerciaux à Venise par le chrysobulle de 1082, au détriment du commerce byzantin lui-même, ce qui dans un premier temps lui assure l’alliance de la puissante flotte de la cité des doges, et qu’il dévalue la monnaie impériale qui, durant sept siècles avait été la seule monnaie stable du bassin méditerranéen. Cette politique permet à Alexis de remettre sur pied une administration efficace, de recréer une véritable armée et une flotte et même d’entretenir une cour fastueuse.


Le danger normand (1081-1085)

En politique étrangère, la difficulté à laquelle est confrontée Alexis c’est de savoir contre quel adversaire lutter en premier. Le calcul qu’il fait alors est que la lutte contre les Turcs suppose un effort sur le long terme qu’il n’est pas encore capable d’effectuer et que les querelles internes affaiblissent provisoirement les Seldjoukides. Aussi choisit-il dans un premier temps de repousser l’attaque normande. Robert Guiscard et ses troupes viennent de s’emparer d’Avlona et assiègent Dyrrachium depuis l’été 1081. En octobre de la même année Alexis intervient avec une armée dont le corps principal est la garde varègue composée, pour l’essentiel, d’Anglo-Saxons. Ceux-ci sont vaincus par les Normands et Alexis est battu sévèrement. Dyrrachium tombe en février 1082, après avoir ouvert ses portes aux normands. Robert Guiscard contrôle ainsi la Via Egnatia qui lui ouvre la route de Thessalonique et surtout de Constantinople. Cependant Guiscard est rappelé en Italie et laisse son fils Bohémond en Grèce. Celui-ci bat les troupes d’Alexis à deux reprises vers 1082/1083. Le basileus recrute alors des mercenaires Turcs et s’allie à Venise. La flotte vénitienne perturbe les communications normandes tandis qu’Alexis reconquiert la Thessalie en 1083 et que Bohémond retourne en Italie. Furieux, Robert Guiscard détruit la flotte vénitienne en 1084 au large de Corfou. La mort de Guiscard en 1085, et la lutte de succession qui éclate alors, libère l’empire d’un grand danger. L’autorité impériale est en effet rétablie sur les provinces occidentales de l’empire.


Un relatif statu quo face aux Turcs (1085-1092)

Cependant la situation se dégrade en Asie ou les Turcs s’emparent de la grande cité d’Antioche (13 décembre 1084) et des villes de Cilicie, peuplées d’Arméniens pour la plupart. Alexis obtient cependant un succès diplomatique en signant un traité qui rend la cité de Nicomédie et les rives anatolienne de la mer de Marmara à l’Empire. La mort en 1086 du principal chef turc, Soleïman Ibn Qoutloumouch, qui venait de prendre Antioche et qui marchait sur Alep, tué par un de ses rivaux jette la confusion chez les Turcs d’Anatolie. Nicée ainsi reste 6 ans entre les mains d’un rebelle et ce n’est qu’en 1092 que Malik Shah Ier peut rétablir le fils de Soleïman, Qilidj Arslan Ier. Cependant Alexis ne peut guère profiter de cette situation confuse, si l’on excepte la reconquête de Cyzique, car un nouveau danger se précise. En effet l’émir turc de Smyrne, Tzakhas, tente à la fois de fédérer les roitelets turcs dans le cadre d’une alliance et se rend maître de la côte égéenne et des îles de Lesbos, Chios, Samos et Rhodes avec la complicité de nombreux Grecs qui forment l’armature de sa puissance navale. Alexis qui vient de recréer une flotte lui inflige une défaite en mer de Marmara mais il n’est débarrassé du danger qu’en suggérant à Qilidj Arslan, qui avait épousé vers 1092, la fille de Tzakhas, l’assassinat de son beau-père ce qui est fait en 1093 lors d’un banquet à Nicée. Alexis ne récupère les possessions de Tzakhas, sur le fils de ce dernier, qu’en 1097 après la bataille de Dorylée avec l’aide des Croisés.


Le danger Petchenègue (1086-1091)

L’un des facteurs qui explique la relative passivité d’Alexis dans les années 1086/1092 face aux Turcs est la menace immédiate et réelle que représente les Petchenègues sur la frontière danubienne. Ce peuple d’origine turque est repoussé vers le sud par les Russes et s’empare de la Thrace en 1086 ou 1087 avec l’aide des Hongrois. Les Byzantins sont battus à Silistrie en 1090 et les Petchenègues, que les Byzantins appelent Patzinaces, mettent le siège devant Constantinople et tentent une alliance avec les Seldjoukides et en particulier Tzakhas. Cette alliance, potentiellement mortelle pour l’empire, échoue de part les divisions internes aux Turcs et grâce à l’habileté diplomatique d’Alexis qui s’allie aux Coumans. Ceux-ci écrasent les Petchenègues le 29 avril 1091 à la bataille de la colline de Lebounion Alexis Ier est alors définitivement libéré des menaces sur sa frontière septentrionale et peut se consacrer entièrement à la lutte contre les Seldjoukides.

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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:27

Merci Bertrand. J'ai appris l'histoire de lempire byzantin à la Fac. Je ne remercierai jamais assez mon professeur de m'avoir fait découvrir l'histoire de l'empire romain d'Orient. Il existe un très beau livre qui en parle fort bien.

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Bertrand
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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:29

Les rapports avec l’Occident

Les rapports diplomatiques d’Alexis Ier avec les pays occidentaux d’Europe sont dans un premier temps relativement conflictuels. Le pape Grégoire VII avait entretenu de bonne relations avec Michel VII et, après la déposition de celui-ci en 1078, excommunié immédiatement son successeur Nicéphore III. Cette excommunication s’étend en avril 1081 au nouvel empereur, Alexis Ier. Ce dernier tente en juin 1081 de renouer le contact et d’avoir l’appui du pape contre les entreprises de Robert Guiscard mais sans que ses lettres reçoivent de réponses. L’empereur Henri IV, en conflit avec le pape, prête une oreille plus attentive aux ambassadeurs d’Alexis et aux subsides que l’empereur byzantin lui verse. Alexis, en représaille à l’attitude de Grégoire VII, ferme les églises latines de Constantinople. La mort de ce dernier en 1085 est accueillie avec soulagement. L’élection en mars 1088 sur le trône pontifical d’Eudes de Lagery sous le nom d’Urbain II permet une amélioration nette des relations diplomatiques. En délicatesse avec les Normands de Sicile et Henri IV, il parvient habilement à accroître son influence politique et spirituelle. En 1095 son autorité est considérable.

Urbain II souhaite renouer le contact avec la chrétienté orientale et entreprend des négociations avec Alexis, sous le contrôle étroit de Roger de Sicile qui a succédé à son frère Robert Guiscard mais qui se désintéresse de la conquête de l’empire byzantin. En septembre 1089 Urbain II lève officiellement le ban d’excommunication contre Alexis Comnène, en présence des ambassadeurs de celui-ci. Le même mois un synode s’ouvre à Constantinople et constate, opportunément, que le nom du pape a été omis dans les dyptiques de l’Église non par quelques décision canonique, mais vraisemblablement par manque d’attention. Le patriarche de Constantinople Nicolas III écrit à Urbain II et lui donne un délai de 18 mois pour expédier une lettre systatique afin de réparer cet "oubli". La réconcilation avec la papauté est un succès nécessaire à Alexis qui abandonne, par réalisme, les religieux grecs en Italie tels Romain, archevêque de Rossano et le métropolite de Trani inquiets des empiétement du pape sur leurs territoires et qui soutiennent l’anti-pape Guibert de Ravenne.

Même si Urbain II, peu soucieux d’aborder avec Byzance des questions de théologie, n’envoit pas de lettre systatique les bonnes relations sont rétablis. En 1090, une ambassade byzantine apporte un message d’amitié au pape. Certes les controverses théologiques se poursuivent, mais en sourdine.


La Première croisade

Une situation paradoxale

La situation pour Alexis Ier au milieu des années 1090 est paradoxale. Le pouvoir seldjoukide semble décliner. Le sultan Malik Shah Ier est mort en 1092 et sa disparition entraîne un guerre de succession qui divise profondément les Turcs. Le successeur de Malik Shah, son frère Tutuch, meurt à son tour en 1095 laissant deux fils, frères ennemis, régner l’un sur Alep (Ridwan) l’autre sur Damas (Dukak). Des chefs Turcs et Kurdes s’établissent en Irak et en Syrie. Kerbogha, l’atabeg de Mossoul, grignote progressivement le territoire de Ridwan. Les Fatimides s’implantent progressivement dans le sud de la Palestine et se rapprochent de Jérusalem ou gouvernent les Ortoqides. Enfin un clan chiite, les Banou Ammar s’implante à Tripoli. Pour Alexis, il existe donc un opportunité réelle de reprendre pied en Anatolie et en Syrie d’autant qu’il a rétabli la domination byzantine sur les Balkans et la côte ionienne. Mais le point faible des Byzantins est l’armée dont les effectifs restent trop faibles et peu expérimentés à l’exception des mercenaires dont la fiabilité reste parfois douteuse. Alexis, qui doit garder des effectifs importants dans les Balkans et sur sa frontière danubienne, a donc besoin de recrues supplémentaires s’il souhaite passer à l’offensive contre les Turcs. Sa politique de rapprochement avec le pape se révèle utile si elle permet d’user de l’influence de celui-ci pour enrôler de nouvelles recrues. D’autant que par le passé des seigneurs occidentaux sont déjà venus combattre aux côtés des Byzantins. C’est ainsi que des plénipotentiaires Byzantins sont amenés à prendre la parole lors du concile de Plaisance réuni par Urbain II en mars 1095, peu avant son départ pour la France et Clermont. Nous ignorons le détail de leurs discours mais ils semblent insister sur les épreuves subies par les chrétiens orientaux et sur la nécessité de s’enrôler sous la bannière impériale afin de chasser les « Infidèles ». Cette intervention marque fortement Urbain II qui invite les chrétiens qui l’écoutent à s’engager par serment à aller secourir l’empire de Constantinople. De plus dans un contexte général de recul de l’Islam en Europe (Espagne, Sicile), le pape envisage un dessein plus vaste que le simple envoi de mercenaires à Alexis Ier, il songe désormais à une « guerre sainte ».


L’appel de Clermont

Lors du concile de Clermont, convoqué pour le 24 novembre 1095, Urbain II invite ses auditeurs à employer leurs forces pour la défense de leurs frères d’Orient victimes des sévices que leur infligent les musulmans. Ce n’est pas d’ailleurs un projet nouveau. Grégoire VII en avait formulé un similaire au moment de la défaite de Mantzikert mais qui avait été abandonné après la déposition de Michel VII. Lorsque le pape quitte Clermont le 2 décembre, il ignore encore le succès que va avoir son appel dans toute l’Europe et qu’il a déclenché un mouvement dont les conséquences pour la Chrétienté et Byzance sont incalculables.


Alexis Ier se prépare à l’arrivée des croisés

En 1096, Alexis est dans une période de calme assez inédite dans l’histoire complexe de l’Empire. Il vient d’infliger une cuisante défaite aux Coumans et a ainsi stabilisé sa frontière danubienne pour longtemps. Mais les renseignements qui lui parviennent d’Europe sont inquiétants. Ce ne sont pas des troupes réduites, incorporables sans grandes difficultés dans son armée, qui proviennent de l’Occident mais de véritables armées. Si l’on en croit Anne Comnène, l’empereur et la cour apprirent que « Tout l’Occident et toutes les tribus barbares d’au-delà de l’Adriatique, jusqu’aux Colonnes d’Hercule faisaient mouvement vers l’Asie à travers l’Europe amenant des familles entières avec eux. ». Ce que semble craindre Alexis c'est une attaque sur sa capitale dont les richesses peuvent exciter les convoitises des occidentaux. De plus il apparait clairement qu'une première expédition composée de bandes innorganisée (la croisade populaire) précède la croisade seigneuriale. L'idée d'une attaque sur Constantinople paraît avoir été retenue par l'entourage impérial qui n'oublie pas les tentatives récentes de Bohémond de Tarente quelques années plus tôt, lequel Bohémond participe à la croisade.

Alexis cependant ne perd pas son sang-froid. Afin d’empêcher les pillages il est nécessaire de nourrir les armées croisées. Aussi fait-il aménager des dépôts de provisions dans les grands centres urbains de l’empire. Il organise aussi des unités afin d’encadrer les déplacements des troupes occidentales pout éviter tout débordements. Le neveu d’Alexis, Jean Comnène, gouverneur de Dyrrachium reçoit l’ordre d’accueillir les chefs de la Croisade cordialement mais de veiller à contrôler leur moindre déplacement. L’amiral Nikolaos Mavrokatalon est envoyé dans l’Adriatique afin de signaler l’arrivée des premiers navires francs.


La croisade populaire

Les premières bandes de la croisade populaire, celles « dirigée » par Gautier Sans-Avoir, arrivent dans l'Empire fin mai 1096 dans la région de Belgrade et après quelques incidents, sont sévèrement encadrées jusqu’à Constantinople où elles arrivent en août. Le 26 juin les croisés, également de la croisade populaire, dirigés par Pierre l'Ermite pillent la ville de Belgrade. En juillet Nicétas le gouverneur d'Alexis, qui vient d'envoyer des renforts, massacre une partie des croisés devant Nish. Finalement le reste du voyage se déroule sans encombre mais les troupes d'Alexis encadrent fortement les croisés. Habilement, Alexis reçoit Pierre l'Ermite, assure le ravitaillement de ces troupes indisciplinées. Il ne se fait visiblement aucune illusion sur la valeur militaire de cette croisade populaire mais cherche, afin de limiter les risques de pillages, à s'en débarrasser le plus vite possible. Arrivée le 1er août 1096 à Constantinople, la croisade populaire est transportée par la flotte impériale en Asie le 6 août. Elle est anéantie par les Turcs le 21 octobre, prés de Nicée.


La croisade des seigneurs

Les grands seigneurs occidentaux arrivent en ordre dispersé quelques temps après l'échec de la croisade populaire. Le premier à partir est le frère du roi de France Philippe Ier, le comte Hugues de Vermandois. Il arrive début octobre 1096 à Bari et embarque pour Dyrrachium. Il prend la précaution d'envoyer une ambassade à Jean Comnène, le gouverneur de la ville, afin d'être reçu selon son rang. Son arrivée est mouvementée puisque son navire fait naufrage mais il est accueilli avec honneur par les Byzantins, selon les consignes données par Alexis. Ce dernier reçoit Hugues avec chaleur...tout en limitant sa liberté de mouvement.

Godefroy de Bouillon inquiète davantage Alexis car son armée est importante et il apparait assez vite que la création d'une principauté en Orient ne déplairait pas, sinon à Godefroy du moins à son jeune frère Baudouin. Godefroy et ses troupes passent par la Hongrie. Alexis, tout en envoyant une escorte à la fois pour accueillir les croisés et les surveiller, organise un ravitaillement efficace des troupes lorraines et germaniques et la traversée de la péninsule balkanique s'effectue sans désordres jusqu'au 12 décembre 1096. Ce jour là les troupes de Godefroy ravagent pendant 8 jours les alentours de Selymbria sans que l'on sache les raisons précises. L'arrivée de Godefroy et d'une armée nombreuse pose problème à Alexis Ier. Il doit en effet s'assurer de l'allégeance des croisés mais les éloigner rapidement de sa capitale qui vient déjà de souffrir du passage des bandes de Pierre l'Ermite. Dans un premier temps Godefroy refuse l'allégeance ce qui amène Alexis à lui couper le ravitailement pour faire pression sur lui. Baudouin pille alors les faubourgs de la capitale jusqu’à ce qu'Alexis fasse machine arrière. Godefroy décide d'attendre les autres chefs croisés avant de prendre une décision. En mars 1097 de nouveaux affrontements éclatent et le jeudi 2 avril Godefroy tente de pénétrer dans la ville mais est repoussé par les troupes d'Alexis. Cette défaite révèle à Godefroy sa faiblesse et il prête serment quelques jours plus tard tandis que son armée est transportée sur la rive asiatique du Bosphore.

Pour Alexis il est temps car le 9 avril 1097, Bohémond de Tarente arrive à Constantinople. Ce dernier désire se constituer une principauté au Levant car en Sicile ses ambitions sont contrecarrée par son oncle Roger Ier de Sicile. Son armée est moins nombreuse que celle de Godefroy mais est bien équipée et d'une valeur militaire de premier ordre. Alexis le sait parfaitement, lui qui a déjà combattu les Normands au début de son régne. La traversée de la Grèce de cette troupe se déroule correctement, Bohémond maintenant une discipline de fer. Pour Alexis, Bohémond est le croisé le plus dangereux. Homme de guerre médiocre c'est un redoutable diplomate et un politique avisé. Il a prit conscience, bien mieux que Godefroy et Baudouin, du redressement byzantin, et qu'un affrontement direct conduirait la croisade au désastre. Il estime préférable de s'entendre avec Alexis (lequel le rencontre seul à seul) et prête sans hésitation le serment d'allégeance au Basileus. Les troupes de Bohémond sont transportées par la marine d'Alexis en Asie le 26 avril. Le lendemain arrive une nouvelle armée croisée dirigée par le comte de Toulouse Raymond IV.

Le comte de Toulouse estime qu'il est le seul à pouvoir diriger la croisade. Il a déjà lutté contre les musulmans, est le seul à avoir rencontré Urbain II et il est accompagné du légat du pape, Adhémar de Monteil, évêque du Puy. Raymond offre aux yeux d'Alexis un contraste frappant par rapport aux autres chefs croisés. Plus civilisé, plus courtois il est considéré comme un homme fiable et honnête par les Byzantins. Cela n'empêche pas les troupes d'Alexis d'infliger une défaite cuisante aux troupes de Raymond qui pillaient les Balkans en avril 1097. Raymond refuse de prêter serment à l'empereur et n'accepte qu'un serment modifié dans lequel il s'engageà respecter la vie et l'honneur du Basileus et ne rien tenter contre lui. Alexis se contente de cet accord. Les relations entre Raymond IV et Alexis se réchauffent rapidement car l'empereur comprend vite qu'il dispose, avec le comte de Toulouse, d'un allié contre Bohémond à l'intérieur même de la croisade.

Peu après arrive la dernière armée des croisés, dirigée par le duc de Normandie, Robert II, , Étienne de Blois et le comte de Flandre Robert II sans anicroches particulières. Le serment à l'empereur est prêté sans résistance aucune par les chefs de cette dernière expédition.

Au final la gestion par Alexis de cette arrivée massive de seigneurs occidentaux (entre 60 000 et 100 000 hommes, chiffres considérables pour l'époque) se révèle particulièrement habile. Entre 1096 et le printemps 1097 il a réussi à accueillir l'ensemble des forces croisées, a les ravitailler sans que les inévitables débordement et maraudes prennent une ampleur démesurées. De plus, à l'exception notable de Raymond IV de Toulouse avec lequel il conclu un arrangement particulier, l'empereur obtient un serment d'allégeance des chefs de la croisade. Il est peu probable qu'Alexis se fasse beaucoup d'illusion sur la validité de ce serment mais cela lui donne un avantage juridique en cas de litige.

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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:32

La reconquête de l'Asie mineure

La prise de Nicée
Plus que la prise de Jérusalem l'objectif d'Alexis Ier est la reconquête de l'Asie mineure sur les Turcs. L'objectic premier est donc la prise de Nicée la capitale seldjoukide. Le souverain turc Qilidj Arslan Ier vient de commettre l'erreur, après avoir écrasé la croisade populaire, de partir en guerre contre d'autres princes musulmans afin de contrôler Mélitène. Il est tellement persuadé que les croisés ne pousseront pas jusqu’à sa capitale qu'il y laisse sa femme, ses enfants et son trésor.

L'armée croisée s'est réunie à Pélékan qu'elle quitte le 26 avril 1097 pour Nicomédie. Elle franchit le défilé ou la croisade populaire a été massacrée. Godefroy de Bouillon, sur les conseils d'Alexis, avance prudemment et n'atteint Nicée que le 6 mai 1097. Le 13 mai arrive Bohémond et ses Normands, puis le 16 mai Raymond de Toulouse et le 3 juin les soldats du duc de Normandie. Alexis lui même débarque à Pélékan afin de garder à la fois le contact avec sa capitale (si les choses tournent mal) et de pouvoir, en cas de victoire, mettre Nicée sous le tutelle byzantine. Le 21 juin Qilidj Arslan Ier arrive avec son armée mais ne peut forcer le dispositif croisé. Il se rend rapidement compte qu'en terrain découvert ses troupes ne sont pas de taille à vaincre les croisés et se retire dans les montagnes abandonnant la ville à son sort.

Cependant les croisés constatent rapidement que la ville est bien protégée et que le siège risque de s'éterniser d'autant que le blocus est incomplet la ville étant ravitaillée par le lac Askanios. Les croisés demandent donc l'intervention d'Alexis. Celui-ci attend probablement ce moment de montrer que sa coopération est indispensable. Il envoie des troupes terrestres et fournit une flotille pour bloquer le lac, dirigée par Manuel Boutoumitès. La garnison comprend alors que la situation est désespérée et entre en négociations avec l'empereur (par l'intermédiare de Boutoumitès). Le 19 juin au matin les croisés ont donc la surprise de voir l'étendard impérial flotter sur la ville. Alexis récupère ainsi habilement Nicée sans que la ville subisse les conséquences brutales d'une mise à sac, d'autant que la majorité des habitants sont des chrétiens. Si les chefs croisés se satisfont de la situation ce n'est pas le cas des hommes de troupes frustrés du pillage. Alexis anticipe tout mouvement de grogne en ravitaillant largement la croisade et en distribuant une partie du trésor de Qilidj Arslan. Alexis en profite alors pour demander l'allégeance des seigneurs de second rang, qu'il obtient, ainsi que celle de Tancrède. Celui-ci accepte après une violente algarade avec son oncle Bohémond.

Le traitement généreux des Turcs prisonniers par Alexis surprend et choque beaucoup les Croisés. Le Basileus autorise les officiers et fonctionnaires à racheter leur liberté et reçoit à Constantinople la famille de Qilidj Arslan avec des honneurs royaux avant de la renvoyer au sultan.


La victoire de Dorylée

Le 26 juin, soit une semaine après la chute de Nicée, la croisade reprend sa route. Alexis prend la précaution de lui adjoindre un contingent byzantin dirigé par Tatikios. Qilidj Arslan s'est allié avec ses adversaires Danishmend et tente une embuscade près de Dorylée le 1er juillet 1097 sur l'avant-garde croisée dirigée par Bohémond. L'arrivée dans la journée du reste de l'armée transforme la bataille en déroute pour les Turcs qui abandonnent leur campement.

Tatikios conseille alors d'emprunter la route sud de l'Anatolie moins dangereuse. Cependant les relations entre les Byzantins, qui reprochent aux croisés leur indiscipline et leur ingratitude, et les "Francs", qui craignent une traîtrise des Byzantins, restent fraiches.

Alexis profite de la victoire de Dorylée et de la marche de la croisade vers Antioche pour consolider la présence byzantine dans l'ouest de l'Asie mineure. Il constate, non sans crainte, que la défaite vient de réconcilier les Turcs seldjoukides et les Danishmendites créant de fait une puissance considérable. S'appuyant sur sa marine il expédie le césar Jean Doukas, son beau-frère, reconquérir l'Ionie et la Phrygie. Une simple démonstration de force a raison de l'émirat de Smyrne ou le fils de Tzakhas se rend à condition d'avoir la vie sauve. L'amiral byzantin Kaspax réoccupe toutes les îles de la mer Égée de l'émirat tandis que Jean Doukas s'empare des grandes cités lydienne (Sardes, Philadelphie, Laodicée). À la fin de 1097 le contrôle byzantin sur la Lydie est total et Jean Doukas se prépare à entrer en Phrygie afin de rétablir le contrôle de l'empire sur la route sud (vers Antalya) puis jusqu'aux principautés arméniennes des montagnes du Taurus c'est-à-dire la route d'Antioche.


Antioche

Les croisés arrivent devant Antioche le 21 octobre 1097. Bohémond, impressionné par la taille et la puissance des murailles décide d'en faire son fief. Il a l'exemple d'Alexis à Nicée et décide que la ville doit se rendre à lui seul afin que ses prétentions soient difficiles à contester. Mais le siège dure longtemps et la famine s'installe. Le départ de Tatikios, représentant d'Alexis, départ qu'il justifie en annonçant qu'il doit retourner en territoire impérial afin d'organiser un meilleur ravitaillement, est exploité immédiatement par Bohémond. Puisque le représentant de l'empereur quitte l'armée la croisade s'estime libérée de toute obligation envers Alexis. Ce qui en clair signifie qu'il ne faut pas lui remettre la ville d'Antioche. L'arrivée le 4 mars 1098 de matériel de siège envoyé par Alexis ne change pas l'état d'esprit des occidentaux. Finalement Bohémond parvient à se faire livrer la ville par trahison le 3 juin 1098. Mais le 7 juin une armée musulmane dirigée par Kerbogha assiège à son tour les croisés dans la ville.

La seule chance de salut pour les croisés est donc l'arrivée de l'empereur Alexis Ier. Celui-ci, après la reconquête du sud de l'Asie mineure par Jean Doukas (fin 1097/début 1098), prend la tête de son armée et progresse vers Antioche. Mais il rencontre en chemin Étienne de Blois, l'un des chefs croisés qui s'était enfuis du siège d'Antioche le 2 juin peu avant la prise de la ville, lequel lui indique que les Turcs ont certainement anéantis la croisade. Alexis n'a aucune raison de mettre en doute le récit d'Etienne de Blois et poursuivre son offensive lui apparaît dangereux face à des Turcs qu'il imagine grisé par la victoire. Alexis réunit ses officiers et son conseil et annonce qu'il fait retraite et se contente des gains territoriaux non négligeables obtenus jusqu'alors. Un demi-frère de Bohémond, au service de l'empereur depuis des années, Guy, demande à Alexis de continuer persuadé qu'il est encore temps de sauver la croisade mais Alexis demeure intraitable et l'armée byzantine remonte vers le nord.

Cette décision a, pour la suite des croisades, un impact considérable. A cour terme elle arrange les ambitions de Bohémond qui en tire parti pour revendiquer avec plus de force la possession d'Antioche. Sur le long terme cette décision d'Alexis renforce chez les croisés le sentiment de méfiance envers les Byzantins orthodoxes. La victoire des croisés sur Kerbogha, le 28 juin, pose immédiatement le problème de la dévolution de la ville.

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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:35


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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:36

Oui le Norwich je connais bien Calbo, c'est bien pour une premiere approche !

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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:39

Quand je suis allée à Istambul, je me suis éclatée. J'ai adoré cette ville quel dommage que je n'y ai passé plus de temps tant il y a de choses à voir.
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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 22:41

Moi c'est une de mes questions de CAPES.

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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 23:01

Dans ce cas je te souhaite bien du plaisir. L'empire romain d'Orient est d'une richesse exceptionnelle
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MessageSujet: Re: Alexis Ier Comnène   Mer 3 Oct - 23:07

Oui c'est la question que me plait le plus en histoire.

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