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 Les Scythes

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Bertrand
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MessageSujet: Les Scythes   Ven 5 Oct - 16:42

Les Scythes (en grec ancien οἱ Σκὐθαι / hoi Skúthai) sont un ensemble de peuples nomades, d'origine iranienne, ayant vécu entre le VIIe siècle et le IIIe siècle av. J.-C. dans les steppes eurasiennes. C'est une très vaste zone allant de l'Ukraine à l'Altaï, en passant par le Kazakhstan. Les Perses désignaient ces mêmes peuples par le nom de Saka, qui a été francisé en Saces. Les sources assyriennes mentionnent les Saces dès 641 ou 640 avant l'ère chrétienne.

La culture scythe est essentiellement connue grâce aux récits d'Hérodote. Ils constituent véritablement une source d'information très riche, mais ce « coup de projecteur » jeté sur les Scythes d'Ukraine pourrait faire penser que le phénomène scythe était essentiellement européen. Il n'en était rien. Les Scythes ont joué un rôle aussi important en Asie centrale qu'en Europe. Le problème est que pour les étudier, on ne dispose guère que de vestiges archéologiques. Puisqu'ils étaient nomades, les Scythes n'ont pas laissé d'autres monuments que leurs tombes, ainsi que des « pierres à cerfs », roches gravées de motifs animaliers.

La plupart des scientifiques estiment aujourd'hui que les Scythes parlaient une langue indo-iranienne, mais certains, essentiellement dans les milieux nationalistes turcs, continuent à soutenir une ancienne thèse selon laquelle les Scythes étaient turcophones.

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Bertrand
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MessageSujet: Re: Les Scythes   Ven 5 Oct - 16:43

Les origines

Archéologie

Durant le IIe millénaire av. J.-C., une prestigieuse culture dite d'Andronovo (du nom d'une nécropole située sur l'Ienisseï) se développa au Kazakhstan et en Sibérie méridionale. Elle était limitée par l'Oural à l'ouest, par le lac Baïkal à l'est, et elle s'étendait presque jusqu'au Syr-Daria au sud. La culture d'Andronovo était la première à avoir disposé du char de guerre à deux roues, tiré par deux chevaux, ce qui a sûrement beaucoup contribué à l'expansion de ses porteurs. Ces gens vivaient dans des villages, cultivaient la terre et élevaient des animaux. Ils fabriquaient des armes et des outils en bronze. Au cours des XIIIe et XIIe siècles avant l'ère chrétienne, afin de faciliter la transhumance, les éleveurs construisirent des habitations démontables aux murs en claie, dont le toit comportait une ouverture centrale. Ce fut le prototype de la yourte, utilisée aujourd'hui par tous les nomades de l'Asie centrale.

Pour la plupart des spécialistes, la culture des Scythes est issue de celle d'Andronovo, avec quelques changements importants. Le plus marquant est l'abandon de l'agriculture au profit du nomadisme pastoral au cours du VIIIe siècle av. J.-C.. Les hommes d'Andronovo étaient de type européen. Entre le VIIe et Ve siècle, les Saces vivant aux alentours de la mer d'Aral étaient aussi de type européen, pour la plupart semblable à celui d'Andronovo, mais on remarque déjà l'apparition d'éléments mongoloïdes. Le même métissage s'est produit au Kazakhstan oriental.

Il y a un stade intermédiaire entre la culture d'Andronovo et celle des Scythes : la culture dite de Karassouk. Elle est datée du XIIIe au VIIIe siècle avant l'ère chrétienne et elle s'étendait sur la Sibérie méridionale, à l'ouest de l'Ienisseï, et une large partie du Kazakhstan et de la Mongolie. C'est dans le cadre de cette culture, durant sa phase finale, que les mutations se sont produites: le passage au nomadisme, mais aussi l'introduction de la métallurgie du fer. Les selles de chevaux, ainsi qu'un harnachement permettant le développement de la cavalerie montée, font leur apparition. Les hommes de Karassouk ont surtout laissé des tombes. Leurs techniques de construction des sépultures et leur poterie étaient issues de celles d'Andronovo, ainsi que certains de leurs bijoux, comme leur pendentifs tubulaires ou en forme de palme.


Mythologie

Selon les Yasht, qui constituent la partie mythologique de l'Avesta, le texte sacré des zoroastriens, un héros nommé Thraetaona (le Fereydoun du Shâh Nâmâ de Ferdowsi) partagea son royaume entre ses trois fils, Iradj, Salm et Tour. Iradj reçut la Perse, Salm la partie occidentale de son royaume et Tour la partie orientale. Tous ces territoires étaient iraniens. Le Yasht XVII (prière à la déesse Ashi, 55-56) parle des « Tours aux chevaux rapides ». Selon les écrivains de l'Antiquité et du Moyen Âge, le Touran s'étendait dans les steppes du nord de la Perse et du Turkestan occidental (domaine des Sogdiens). Ceci permet de les identifier aux Scythes. Le roi Fraransyan du Touran agressa les Perses mais fut vaincu. Cette lutte est relatée dans le Yasht XIX. Si Thraetaona est purement mythique, il n'y a pas de raison de douter de la confrontation entre les Perses et les Touraniens, les nomades ayant toujours eu un comportement agressif. Avec l'arrivée des tribus turques au Turkestan, les Touraniens (et par conséquent les Scythes) furent considérés comme Turcs.

Le nom de Tour vient d'un terme indo-iranien, tura, qui signifie «puissant». D'après les travaux de François Cornillot, spécialiste du Rig-Veda et de l'Avesta, les plus anciens textes indo-iraniens, on le retrouve dans le nom de Targitaos, l'ancêtre des Scythes selon une légende racontée par Hérodote, avec une transformation du u et un a propre aux Scythes septentrionaux: ce nom était auparavant prononcé *Tar-γwitaw, titre provenant lui-même de *Tur-hwatawah « Souverain Puissant ». Hérodote (IV, 5-6) rapporte que Targitaos eut trois fils, Lipoxaïs, Arpoxaïs et Coloxaïs. Sous leur règne, trois objets en or tombèrent du ciel, une charrue et un joug, une hache-sagaris et une coupe. Les deux premiers frères voulurent prendre ces objets, mais ils s'enflammèrent. Ils revinrent à Coloxaïs, qui eut alors le titre de roi. Ces trois objets représentent les trois fonctions reconnues par Georges Dumézil chez tous les peuples indo-européens: la fonction cléricale (le bol), la fonction guerrière (la hache) et la fonction de production (la charrue et le joug). Etant rentré en possession de ces trois objets, Coloxaïs acquit un caractère trifonctionnel, comme tous les rois indo-européens. Par ailleurs, les linguistes considèrent unanimement que le suffixe -xaïs reproduit le nom iranien du roi, qui était xshaya- en avestique.


Thèses turcophones

Cette thèse est défendue par certains universitaires de langue turque, comme l'historien tatar Mirfatyh Zakiev (les Tatars étant un peuple turcophone de Russie). Elle se base d'abord sur le point de vue d'auteurs byzantins, qui identifiaient les Köktürks aux Scythes. Il s'agissait de Turcs (ou Türks) qui avaient fondé un empire à partir de la Mongolie en 552, et avec lesquels les Byzantins ont entretenu des relations diplomatiques.
Ainsi, selon Zosime, « les Huns sont les Scythes royaux ». Or les Huns étaient probablement turcophones Un autre auteur byzantin, Théophane, assimile les Turcs aux Massagètes :« à l'est du Don habitent les Turcs, appelés dans l'antiquité Massagètes. Les perses dans leur langue les nomment kermikhions ». Les Massagètes étaient culturellement proches des Scythes. Par ailleurs, on a cherché une étymologie turque à certains termes scythes. Selon Hérodote, les scythes se nommaient Skolotoi, terme ressemblant au turc iskilit« homme avec couteau » . Le suffixe de possession -t signifie « les hommes mélangés avec les scythes ». Dans les documents assyriens, les Scythes sont appelés ashguza. On croît y reconnaître deux des plus anciens noms de tribus turques: As-Ash et Oguz-Guz.
L’identification des Scythes aux Turcs que les Byzantins ont effectuée est expliquée ci-dessus. Quant aux similitudes de mots scythes et turcs, elles sont trop vagues. L'identification d'un peuple doit utiliser des critères supplémentaires, tels que la comparaison mythologique. Parmi les ancêtres mythiques des Scythes, selon Hérodote, figurait une femme-serpent. Dans les mythologies des peuples reconnus comme turcs, il n'y a jamais de femme-serpent, mais il y en a dans les mythologies indo-européennes: Echidna en Grèce ou Mélusine et les Vouivres en France. Les peuples turcs s'attribuaient un ancêtre loup et disaient fondre la montagne et sortis d'Erguénékon. Tängri, le dieu en Turc, ne figure pas dans la liste des dieux donnée par Hérodote. Cet auteur a décrit deux types de devins scythes, mais on n'y reconnaît pas les chamanes, qui jouaient un rôle si important chez les anciens Turcs.

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MessageSujet: Re: Les Scythes   Ven 5 Oct - 16:45

Les peuples scythiques et l'histoire

En Europe

Selon Hérodote (IV, 11-12), les Scythes habitaient originellement de l'autre côté de l'Araxe. Ce fleuve serait la Volga. Ils délogèrent les Cimmériens, peuple qui a laissé son nom à la Crimée, du nord de la mer Noire, les forçant à se diriger vers l'Anatolie. Les ayant poursuivis, les Scythes atteignirent l'Assyrie, où ils s'allièrent au roi Assurbanipal contre les Mèdes (-669 à -626). Les textes assyriens ont donné les noms de deux chefs scythes: Iskpakāy et Partatûa. Changeant ensuite d'alliance, les Scythes contribuèrent à la chute des Assyriens, puis ils pillèrent la Mésopotamie et la Palestine pendant 28 ans. Ils retournèrent ensuite chez eux, mais durent affronter selon Hérodote les enfants de leurs femmes et d'esclaves avec lesquels elles avaient couché. L'archéologie montre que les Scythes se sont établis en Ukraine au début du VIe siècle avant l'ère chrétienne.

Toujours selon Hérodote, les Scythes repoussèrent en 513 av. J.-C. les Perses de Darius. A cette époque, les Grecs fondaient des colonies au nord de la mer Noire, ce qui les mettait en contact direct avec les Scythes. Leurs relations commerciales et artistiques furent très intenses. Au IVe siècle, un roi des Scythes, Atéas, effectua une tentative d'expansion vers l'ouest qui fut peut-être liée à une pression exercée à l'est par les Sauromates, un autre peuple du Kazakhstan occidental. En 339 av. J.-C., à l'âge de 90 ans, il fut tué par les Macédoniens lors d'une bataille sur le Danube. Au IIIe siècle, les Sarmates repoussèrent les Scythes en Crimée. Sédentarisés, ils constituèrent une ethnie distincte jusqu'au IIIe siècle de l'ère chrétienne.

Il s'agit là de l'histoire des Scythes d'Europe. Qu'en est-il des Scythes d'Asie, auxquels on donne plutôt le nom de Saces ?


En Asie

Des inscriptions de Darius, à Naqsh-e Rostam, mentionnent trois confédérations tribales saces:

Les Sakā Haumavargā, dans la vallée du Ferghana, à l'est de l'Ouzbékistan.
Les Sakā Tigraxaudā, entre le Syr-Daria et le lac Balkash, au Kazakhstan oriental.
Les Sakā tayaiy paradraya, qui vivaient en Europe (identifiables aux Scythes des auteurs grecs).

Selon Jacques Duchesne-Guillemin, les premiers sont littéralement les «Saces adorateurs du haoma», le haoma étant la plante d'immortalité des Iraniens. Ils se sont sédentarisés tandis que les deux autres confédérations restaient nomades. Un peuple sace a fondé au IIe siècle av. J.-C. le royaume de Khotan, au sud-ouest du bassin du Tarim. Il a laissé de nombreux documents écrits, les seuls qui permettent de bien connaître une langue sace. Ces documents ne remontent pas plus loin que le VIIe siècle de l'ère chrétienne, mais le vocabulaire des Tokhariens, leurs voisins orientaux, comprend des mots qui ont dû être empruntés aux Khotanais depuis le début de l'ère chrétienne. En vérité, tout l'ouest du bassin du Tarim était sace, en particulier l'oasis de Kashgar. L'archéologie indique que les Saces étaient présents dans cette région depuis le début du Ier millénaire av. J.-C..

Au IIe siècle av. J.-C., des Yuezhi, un peuple originaire de la province actuellement chinoise du Gansu, sont contraints d'émigrer vers l'ouest. Ils poussent devant eux des Saces, qui arrivent en Bactriane, au nord de l'Afghanistan. Les Yuezhi les y ayant rejoints, ils doivent de se déplacer plus au sud, au Cachemire puis au sud de l'Afghanistan, où ils donneront leur nom à la province du Séistan ou Sistan: ce nom était autrefois prononcé *Sakastan «le Pays des Saces». De là, ils se dirigent vers la vallée de l'Indus. Leur roi, appelé Maues dans les inscriptions en langue grecque et Moga ou Moa dans les inscriptions en prakrit, y fonde une dynastie au début du Ier siècle av. J.-C.. Ses successeurs deviennent des rois indiens mais conservent leur culture iranienne. Ils ont laissé du vocabulaire qui s'interprète principalement grâce au khotanais. Par exemple, le terme maja « ravissant » correspond au khotanais māja « ravissant ». Le nom de Maues s'explique sans doute par le khotanais mauya ou muyi, qui signifie « tigre ».

Ces Saces étaient appelés Sakaraukai par les Grecs et Sai-wang par les Chinois. Il y a une étonnante correspondance, puisque wang signifie «roi» et que raukai s'interprète par le khotanais rūkya-, prononcé *raukya- à un stade antérieur, qui signifie « commandant, chef ». Le terme Sai, prononcé *Sek durant l'Antiquité, est la désignation chinoise des Saces. Ainsi, ces gens étaient les « Saces-Rois ». Ils évoquent les « Scythes royaux » dont parle Hérodote.

Les Yuezhi appartenaient-ils eux-mêmes au monde iranien? Certains auteurs l'admettent, mais sans arguments solides. Il y a de très sérieuses raisons de penser qu'ils étaient plutôt tokhariens. On a également vu en les Wusun, autre peuple nomade mentionné par les Chinois, qui vivaient dans les montagnes de l'actuel Kirghizistan, des Iraniens. Pourtant, on trouve chez eux le mythe d'un roi bébé nourri par une louve, qui est inconnu du monde iranien et qui serait plus probablement tokharien. Les Saces se heurtaient donc, à l'est de leur domaine, aux Tokhariens.

On peut encore mentionner les Massagètes, peuple nomadisant entre la mer d'Aral et la mer Caspienne. Ils devaient être apparentés aux Saces, puisque les Anciens les ont parfois confondus. Le fondateur de l'empire perse, Cyrus, s'est battu contre les Massagètes selon Hérodote et contre les Saces selon Strabon. Leur culte du Soleil, mentionné par Hérodote, semble tout à fait iranien. En vérité, sur ces immenses territoires, il devait y avoir une nébuleuse de peuples apparentés, mais qui se donnaient des noms divers et dont les cultures variaient localement.

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MessageSujet: Re: Les Scythes   Ven 5 Oct - 16:46

Les données de l'archéologie

Les peuples nomades ne laissent guère que des tombeaux derrière eux. Ceux des Scythes se distinguent par leurs tumulus (appelés kourganes par les Russes), qui peuvent atteindre des tailles monumentales. Ce phénomène n'est pas nouveau dans la steppe européenne. La culture de Maïkop, apparue durant la seconde moitié du IVe millénaire av. J.-C. au nord-ouest du Caucase, dans la région de la rivière Kouban, se caractérisait par des tumulus pouvant atteindre 10 mètres de hauteur. Certains chercheurs voient en les hommes de Maïkop des Proto-Indo-Iraniens. Les tailles des tumulus de la culture d'Andronovo allaient de 6 à 20 mètres de diamètre. Les différences de taille réflétaient bien sûr des différences de statut social: les plus grands tumulus étaient ceux de rois.

Le kourgane d'Arjan, en Sibérie méridionale, à 700 km à l'ouest de la pointe occidentale du lac Baïkal, était constitué d'un remblai en pierres de 120 mètres de diamètre et de 3 à 4 mètres de haut qui recouvrait une structure constituée de 70 cages en rondins rayonnant autour d'un double noyau central. Les restes de 300 autres chevaux devaient provenir d'un festin funéraire. L'archéologue M.P. Griaznov a estimé que 1500 hommes avaient dû travailler durant une semaine pour édifier cette structure. Un homme et une femme vêtus de fourrures richement ornées étaient enterrés au centre, dans des sarcophages. Ils étaient accompagnés par 15 hommes, ainsi que par 160 chevaux entièrement harnachés. Il y avait des tapis, les plus anciens du monde, rehaussés d'or et d'argent. Les armes et les sculptures qui ont été retrouvées sont de type scythe. Elles fournissent des exemples de l'art animalier caractéristique des Scythes.

L'ancienneté du kourgane d'Arjan, daté du VIIIe siècle av. J.-C., tend à prouver que les Scythes avaient une origine très orientale. Peut-être étaient-ils déjà assez puissants pour constituer un véritable empire. Il faut remarquer que, dans cette région (la Touva), des noms de rivière d'origine iranienne ont été trouvés. De grands kourganes, de 100 à 200 mètres de diamètre et d'une hauteur atteignant les 17 mètres, parsèment également l'Altaï, ainsi que, plus à l'ouest, le Kazakhstan.

Les kourganes de Pazyryk, en Sibérie Méridionale, à environ 500 km au sud-ouest du site d'Arjan, sont d'un intérêt exceptionnel. Ils sont datés du VIe au IVe siècle avant l'ère chrétienne. Les plafonds de leurs chambres funéraires s'étant effondrés, elles se sont remplies d'une eau qui a ensuite gelé, permettant une excellente préservation de leur contenu. On y a trouvé des objets en cuir et en bois, des tentures de feutre, des tapis et des coussins bourrés de poils d'animaux ou d'herbe, qui contribuaient au confort des nomades. Ils dormaient, semble-t-il, sur des tapis, la tête posée sur un oreiller en bois recouvert de cuir. Ils possèdaient des tables basses ou des plateaux. L'une de ces tables avait des pieds démontables. Le seul animal fantastique connu des gens de Pazyryk était le griffon. On le retrouve chez les Scythes d'Europe, ainsi que chez les Perses. Les hommes de Pazyryk étaient de type européen ou mongoloïde, mais l'un de ces derniers, à la pilosité moindre que celle des Européens, était pourvu d'une barbe postiche en crin de cheval, comme s'il valait mieux être barbu pour prétendre au titre de chef.

L'archéologie révèle certaines différences entre Scythes d'Europe et d'Asie. Ainsi, les premiers avaient un bestiaire fantastique beaucoup plus développé que les seconds. Les chaudrons avaient un pied en Europe et trois en Asie. Les Saces avaient de lourds plateaux surelevés en bronze qui servaient peut-être d'autels portatifs.


Les dieux Scythes

Hérodote donne une liste de divinités scythes avec leurs équivalents grecs. Pour certaines d'entre elles, il précise leur nom scythe, mais prononcé à la manière grecque:

Tabiti, déesse équivalente à Hestia, la déesse grecque du feu et du foyer.
Papaios, dieu équivalent à Zeus.
Apia, la Terre, épouse de Papaios.
Oitosuros, dieu équivalent à Apollon.
Argimpasa, déesse considérée comme «Aphrodite céleste».
Un dieu équivalent à Héraclès.
Une dieu équivalent à Arès, le dieu de la Guerre des Grecs.
Il parle aussi d'un dieu considéré comme équivalent à Poséidon, Thagimasadas. L'Héraclès scythique devait être très proche de son homologue grec, puisque les Grecs de la mer Noire ont mélangé leurs mythes: ils lui ont attribué le dixième travail de leur propre héros, celui où il vole les bœufs de Géryon (lesquels se transforment en juments dans la suite de leur récit).

L'identification de ces dieux est problématique, mais ce travail a bénéficié de l'avancée des études indo-européennes. On sait ainsi que les Indo-Européens mettaient souvent un dieu du Feu en tête de leurs listes, ce qui est le cas ici. Tabiti correspond à une vieille déesse indienne dont le nom est lié au sanskrit tapati « brûler ». Georges Dumézil a retrouvé ses traces dans les légendes des Ossètes, peuple iranien du Caucase. Il a également reconnu en l'Arès scythique un héros ossète, Batraz. Ces deux personnages s'identifient notamment tous les deux à une épée.

Dans le nom d'Apia, les spécialistes s'accordent à reconnaître l'iranien āp- «eau». Il est vrai que selon Hérodote, c'est la Terre, mais l'analyse de la mythologie indo-européenne montre que la Terre était représentée sous la forme d'une montagne «secrétant» une rivière, c'est-à-dire d'une montagne-source. Les Indo-Iraniens ont accentué son aspect humide. Dans les textes grecs, le dieu iranien Mithra est identifié à Apollon, ce qui permet de considérer qu'Oitosuros est Mithra. Ce nom devait être un composé Oito-suros dont le deuxième membre provenait du vieil iranien sūra- «fort». Dans l'Avesta, ce qualificatif est en premier lieu, et de très loin, attribué à Mithra. Quant au terme oito, selon l'analyse de François Cornillot, il était la graphie grecque de *witāw, qui provenait de *hwatāwah «souverain». Ainsi, les Scythes surnommaient Mithra le «Souverain Fort».

Ce même auteur a proposé une autre lecture du nom des Sakā haumavargā: il fait dériver son deuxième membre de hauma warāgan, où le terme warāgan signifie «vainqueur de *Wāra» et aboutit à l'ossète Wœrgon. De la sorte, les Sakā haumavargā sont les «Saces adeptes du culte du Haoma vainqueur de *Wāra». Pour comprendre la signification de cet ethnonyme, il faut savoir que le Haoma est une plante divinisée et que son ennemi *Wāra, appelé Vritra dans les textes indiens, est un démon qui cherche à faire disparaître le soleil et à obstruer la rivière qui descend de la montagne-source. Comme *Wāra représente la mort, la victoire du Haoma (plante d'immortalité) est celle de la vie sur la mort.

Les Sogdiens, fondateurs de la cité de Samarcande, étaient peut-être d'anciens Sakā haumavargā, car le nom de cette cité pourrait s'expliquer de la manière suivante:

Saka-Haumawarga-kantha «ville des Saces Haumawarga» > *Sai-Maragkanda > *Sā-maragkanda

(la transformation de saka en sai est un phénomène attesté ailleurs).

Enfin, le hauma-wāragan est aussi connu sous le nom de xwarnah (ou khvarnah). C'est une entité multiforme, lumineuse, assimilée à un feu mais qui séjourne sous les eaux. Selon un texte iranien, le Bundahishn, il est gardé par la déesse Aredvi Sūrā Anāhitā. Celle-ci est donc la xwarnah-pāthrā, «[déesse] assurant la garde du hauma-wāragan» (ou th se prononce comme en anglais). En inversant les termes hauma et wāragan, puis par transformations successives, on obtient:

wārag[an]-hauma-pāthrā > *wārgumpāsā > * argempāsā

On reconnaît le nom de la déesse Argimpasa.


Culture

Les Scythes étaient des guerriers qui espéraient être tués au combat, mais non sans avoir, auparavant, tué autant d'ennemis que possible. Mourir de vieillesse était pour eux une suprême honte, ce qui explique qu'un roi comme Atéas ait guerroyé jusqu'à 90 ans. Ce comportement sera conservé par tous les nomades de l'Asie centrale, jusqu'aux Turcs et aux Mongols. L'arme principale des Scythes était l'arc. Il était composite, c'est-à-dire formé de plusieurs matériaux, ce qui lui donnait une souplesse et une résistance supérieures à celles des arcs en bois. Les Scythes utilisaient également la lance et l'épée, notamment du type akinakès (akināka- en sogdien).

Cet amour de la guerre ne les empêchait pas d'avoir une spiritualité. Les Grecs ont donné le nom d'un philosophe scythe, Anacharsis. Les récents travaux montrent que les Scythes baignaient dans une atmosphère religieuse. Pourtant, ils n'avaient pas de classe de prêtres, contrairement à leurs cousins perses (les mages) ou indiens (les brahmanes). Hérodote (IV, 67) mentionne des devins qui manipulaient des faisceaux de baguettes de saule et d'autres, les Enarées «hommes-femmes» (d'un composé iranien *a-narya «non-mâle»), qui se servaient de morceaux d'écorce de tilleul. Ces personnages n'avaient rien de sacré. Quand un roi tombait malade, ils pensaient généralement que quelqu'un avait juré un faux serment sur le feu royal. Si l'on arrivait à prouver qu'ils avaient faussement accusé cette personne, on les brûlait vif. Ceci montre par ailleurs que le roi était consubstantiel au feu. Ce que les Scythes avaient de plus sacré était sûrement leurs sépultures: ils les construisaient aussi loin que possible de leurs ennemis et étaient prêts à mourir pour les défendre.

Les Scythes sont connus pour leur art animalier. Il s'agit bel et bien d'un trait de culture original: les hommes d'Andronovo ne décoraient leurs céramiques qu'avec des motifs géométriques abstraits. Les Scythes couvraient leurs objets de représentations de cerfs, de félins ou de rapaces. Le loup était présent surtout en Sibérie méridionale. Les animaux domestiques brillaient par leur absence. Nous avons mentionné plus haut le griffon, commun à tous les Iraniens. Il y a des représentations très réalistes de combats d'animaux. On ignore ce qu'elles signifiaient.

Un peuple originaire de l'Asie centrale (sans doute plus précisément de l'actuelle Chine de l'Ouest) a migré vers le Yunnan durant la haute Antiquité. Il s'agissait de bons métallurgistes, qui ignoraient cependant l'usage du fer. Ceci montre qu'ils ont quitté l'Asie centrale avant l'apparition du fer dans cette région, donc avant le VIIIe siècle av. J.-C., or ils avaient un art animalier ressemblant étonnamment à celui des Scythes. Ils étaient cependant plus probablement tokhariens qu'Iraniens. Ainsi, l'art animalier n'aurait pas été purement scythe et aurait été antérieur aux premiers Scythes connus.


Les pierres à cerfs

Une manifestation archaïque de cet art se trouve sur les « pierres à cerfs » citées dans l'introduction. Elles ont une répartition très orientale: on les trouve à l'est du lac Baïkal et surtout en Mongolie. Plus à l'ouest, dans la Touva, elles sont placées près des sépultures. Le kourgane d'Arjan contient un fragment de pierre à cerfs. Il y en a aussi, mais en faible nombre, au Kazakhstan, jusqu'au sud de l'Oural. Il s'agit de stèles ou de pierres dressées représentant de manière très schématique un homme en armes. Leurs visages sont remplacés par deux ou trois traits obliques. On reconnaît un collier de perles et une ceinture où sont accrochés des objets (poignard, pic, arc, hache de combat, couteau et pierre à aiguiser) qui semblent provenir de la culture de Karassouk. De plus, mais seulement sur les pierres sibériennes ou mongoles, des animaux très stylisés sont gravés, surtout des cerfs. On trouve aussi des représentations de bouquetins, de sangliers, de chevaux ou de félins. La stylisation est comparable à celle de l'art animalier. En Mongolie orientale, dans l'Altaï et la Touva, ces pierres apparaissent dès le IXe ou le VIIIe siècle avant l'ère chrétienne.

On remarque à ce sujet que les Chinois connaissaient un peuple appelé les Rong-Chiens, qui vivait dans l'actuel Xinjiang. Au cours du IXe siècle av. J.-C., le roi Mu de la dynastie Zhou les a attaqués et a capturé des hommes (des guerriers?) qui étaient assimilés à des loups et des cerfs blancs. Les pierres à cerfs établissent précisément une correspondance entre cerfs et guerriers. Cependant, tout ce que l'on sait des Rong-Chiens permet de les identifier, non pas comme des Iraniens, mais comme des Tokhariens.

Certains archéologues russes attribuent une signification funéraire aux pierres à cerfs. L'observation faite ci-dessus conforte cette hypothèse, les guerriers tokhariens ayant été assimilés à des fantômes. Les traits obliques figurant le visage étaient réellement dessinés sur des crânes. Ils pourraient être liés aux trois traits que les chamans mongols de la Touva dessinaient sur le sol à la fin des cérémonies funèbres et auraient donc une origine non indo-européenne. On voit toute la complexité du problème de l'origine des pierres à cerfs et de l'art animalier, ainsi que de toute la culture scythe. Nous sommes condamnés à ne presque rien savoir de l'histoire de ces peuples, qui s'est jouée «aux confins du monde connu».

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MessageSujet: Re: Les Scythes   Ven 5 Oct - 16:51


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MessageSujet: Re: Les Scythes   Ven 5 Oct - 23:28

Tu trouves où toutes ces magnifiques illustrations dont tu nous gratifies, sur toutes sortes de sujets des plus diversifiés? sur le net?
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Bertrand
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MessageSujet: Re: Les Scythes   Ven 5 Oct - 23:56

Oui je me sers de la base de données photos de google.

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Peut-etre que l'important n'est pas de vouloir rendre l'autre heureux c'est de se rendre heureux et d'offrir ce bonheur à l'autre
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MessageSujet: Re: Les Scythes   Aujourd'hui à 6:46

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Les Scythes
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